mardi 18 avril 2017

China Moses, princesse d’un jazz étoilé (L'Humanité)

China Moses
China Moses

Avec Nightintales, l’Américaine offre un cocktail savoureux, savant de la great black music.




Avec Nightintales (« Nuit en contes »), China Moses narre les errances nocturnes, lorsque, entre chien et loup, l’espoir s’égare, ou quand la passion rallume les étoiles. Cet album de la maturité, elle l’a coécrit et composé en cinq jours en totale connivence avec Anthony Marshall, figure du R’n’B britannique. Enregistré en six jours, l’opus exhale l’élixir de l’excellence. On sent perler la sueur de l’urgence, l’eau vive de la jubilation. En onze chansons, la plus française des Américaines, qui réside en France depuis l’âge de 8 ans, concentre la richesse de son héritage artistique et dresse un cocktail savant, savoureux, de la great black music.

Ses parents, la chanteuse de jazz Dee Dee Bridgewater et Gilbert Moses (1942-1995), émérite metteur en scène et réalisateur, défenseurs des droits de l’homme, lui ont transmis la valeur de la solidarité. Moins connu du grand public que Dee Dee, Gilbert Moses, fondateur de l’avant-gardiste Free Southern Theater Company, a été distingué notamment pour son travail sur la pièce Slave Ship (le Bateau négrier) d’Amiri Baraka (ou LeRoi Jones)
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Les hauts et les bas du quotidien
China Moses a offert son chant à des sans-papiers en grève de la faim, a soutenu notre journal et bien d’autres causes. « Mais je ne suis pas experte en grands discours, nous confie-t-elle, avec modestie. Je préfère agir. Je me vois plutôt comme une chroniqueuse de la vie. » Elle chante le quotidien, les hauts et les bas, comme le faisaient ses admirables devancières, Dinah Washington (à laquelle China a consacré, en 2008, le CD This One’s for Dinah) ou Nancy Wilson, à qui est dédié le titre Lobby Call. Elle s’est entourée de musiciens européens, agiles à sauter les frontières stylistiques, à l’instar du formidable saxophoniste Luigi Grasso.

Avec ce sixième disque, China nous invite à danser sur ses cordes vocales, ductiles comme des fils d’or. Lignes de basse obsédantes, rythmiques volcaniques, brûlantes brassées de cuivre évoquant la science de Quincy Jones ou la dynamite de James Brown, enivrante défonce à l’acid jazz anglais, braises de blues, fleurs de ballade, swing serti de chœurs aux flamboiements de comédie musicale, gospel qui charrie l’énergie de la rue… La tendre tigresse du groove s’impose aussi comme l’humble princesse d’un jazz résolument ouvert, fédérateur.

Running - China Moses - Nightintales



Fara C., L'Humanité, le 31 Mars, 2017

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