mardi 26 juillet 2016

Sonny Rollins, mythique saxophoniste (L'Humanité)



Le souffle sirocco du légendaire musicien de jazz en un précieux album live.



Sonny Rollins, une des ultimes légendes vivantes du jazz, n’est plus monté sur scène depuis 2012. La précieuse anthologie Holding The Stage-Road Shows Vol. 4 réunit des extraits de concerts datant de 1979 à 2012, en France, Finlande, à Londres, Prague et Boston. « C’est un cadeau que j’adresse à ceux qui aiment ma musique, nous explique le maestro, lors d’un long entretien téléphonique. Je ne peux plus jouer de saxophone. Je l’ai d’abord mal accepté, jusqu’à déprimer, puis j’ai décidé de prendre du recul et d’admettre la réalité. » Il aura 86 ans le 7 septembre et caresse l’espoir que la maladie dont il souffre, et dont il refuse de parler, connaîtra une rémission. « La philosophie m’aide beaucoup. Dès la décennie 1950, elle m’a passionné, à l’instar de Coltrane. John et moi échangions des livres qui nourrissaient notre réflexion sur le monde, sur notre rôle en tant qu’artistes. »

Gosse, il partait dans une colonie de vacances communiste. « Un des rares endroits hors de la ségrégation raciale qui régissait le pays. J’en ai gardé une conscience sociale et éthique. J’en remercie toujours mes parents », précise-t-il. « J’ai perdu mes plus chers amis, John Coltrane, Bud Powell, Max Roach, Thelonious Monk, que je considère comme un de mes maîtres, et tant d’autres. Ils me manquent, mais je n’ai pas peur de la mort, je m’y prépare, je me détache des biens matériels, pour mieux savourer des joies apparemment anodines mais essentielles, un rayon de soleil, un chant d’oiseau… Le pépiement des oiseaux m’est une douce musique. »

Le Saxophone Colossus – surnom tiré du chef-d’œuvre discographique de 1956 – démarre le CD Holding The Stage avec un bienfaisant In a Sentimental Mood, de Duke Ellington, et conclut avec son morceau fétiche, le jubilatoire Don’t Stop The Carnival, qu’il écrivit en hommage à ses racines caribéennes. Le volume 4 de Road Shows, série de disques live publiés sur son label Doxy, nous réserve des oasis de lumière, comme You’re Mine You, Disco Monk ou encore un solo solaire de quasi six minutes. Trois titres ont été captés en France, à l’Olympia (1996), à Toulouse (2006) et, quelques mois avant sa retraite forcée, au festival Jazz des 5 continents de Marseille 2012 où il avait été longuement ovationné. Quel bonheur d’entendre le sirocco qui attise son souffle généreux, investissant avec la même ferveur un calypso, une ballade ou un jazz pur jus !

Sonny Rollins, CD Holding The Stage-Road Shows Vol. 4 (Okeh/Sony), http://www.sonnyrollins.com

Fara C. L'Humanité, le 24 Juin, 2016


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