vendredi 19 février 2016

Beth Hart et Joe Bonamassa: Seasaw (2013)

L'album « Seasaw », publié en 2013, est le fruit de la deuxième collaboration entre Joe Bonamassa et Beth Hart. 

Après le fabuleux « Don't explain » paru en 2011, et dont le raccourci vers la playlist reste précieusement sur le bureau de mon ordi depuis bientôt 5 ans, les deux artistes étaient attendus au tournant. C'est le moins que l'on puisse écrire.

En effet, on peut difficilement faire mieux que Joe Bonamassa et Beth Hart quand ils produisent ce puissant mélange de soul et de blues fait de reprises de créations d'artistes plus ou moins connues. C'est un parti pris assumé.


Dans ce nouvel album le duo a cherché, et trouvé, un juste équilibre entre la passion et l'énergie.

 Beth Hart est allé puiser sa sensibilité et sa force vocale auprès des grandes anciennes. Pour ne pas les nommer, on sent la présence de  Billie Holiday, Etta James ou encore Aretha Franklin. Excusez du peu mais quand on veut bien faire, il faut viser haut. Ces influences l'aident à entrer dans les chansons, à les vivre plus qu'à les posséder. Elle enchaîne avec beaucoup de facilité des chansons comme le célèbre « Them There Eyes » (année de création:1930) chanté, entre autres, précédemment par Billie Holiday (1939) ou Ella Fitzgerald (1957) sur des arrangements de  Lee Thornburg (Supertramp) pour les cuivres et une chanson comme « Close to my fire » où la guitare au lourd reverb de Joe Bonamassa est omniprésente accentuant la sensualité flamboyante et tentatrice de l'interprétation. '

La polyvalence est un trait majeur du duo Bonamassa - Hart.

Le premier a commencé sa carrière comme guitariste de blues classique après son adoubement par BB King alors qu'il n'était qu'un enfant. Puis il a collaboré avec le groupe de « power rock »  « Black Country Communion » en même temps qu'il sortait l'un de ses meilleurs albums studio « Black rock » enregistré à Santorin avec des accents de folk et de « world music » teintée de blues.

Faire équipe avec Beth Hart a représenté un beau défi stylistique pour le bluesman. Il lui a fallu adapter son jeu et son son à la voix de la chanteuse. L'exemple de  « A Sunday Kind of Love » est frappant. Cette chanson a été créée en 1947 par Louis Prima et popularisée par Ella Fitzgerald la même année puis Etta James en 1960. La chanteuse y développe une ligne mélodique lente et séduisante. Piano, violons et guitare se mettent au diapason. On a l'impression de revenir aux à une ambiance « années 50 »  Il y en a qui savent ce « roots » signifie. Racines. Nous y sommes en plein. Un peu trop peut être ?

Et puis voilà qu'explose  « Nutbush City Limits » Le classique de  the Ike and Tina Turner prend un coup de jeune. L'adrénaline monte la voix de Beth Hart s'enflamme et Joe Bonamassa suit sans broncher. Sa guitare  donne cette force magnifique à la voix déjà transcendante de Beth Hart. Il y a de l'émulation dans l'air entre les deux artistes.

Un esprit que l'on retrouve dans « Can't let go » où le duo dynamite la chanson de Lucinda Williams. Beth Hart dégage une énergie phénoménale propulsée par les riffs rapides de Joe Bonamassa sans perdre la sensualité qui l'anime. Un tour de force.


Fort heureusement, pour nos oreilles, entre les deux bombes, le romantique « I Love You More Than You'll Ever Know » de Al Cooper s'est chargé de triturer notre âme romantique.  Et mettre sur une galette un tel morceau après des interprètes du niveau de Gary Moore (guitare) ou Amy Winehouse pour la voix, n'a pas été une mince affaire. Mais la chanteuse a une telle façon de chanter « But I love you » en passant progressivement du murmure au hurlement que l'on ne peut échapper à la déchirure. Et le guitariste en rajoutant sa touche personnelle d'un solo superbe achève l'auditeur (trice)

Le producteur Kevin Shirley, ne doit pas être innocent dans l'interprétation « de tueur » de «  Miss Lady » . Cette chanson a été créée par Buddy Miles en 1969. La version originale a déjà en elle sa propre dose d'énergie. Mais là les deux acolytes font vibrer leur rage. Mais l'esprit original est toujours présent.

On retrouve ensuite la ballade atmosphérique de Melody Gardot « If I Tell You I Love You ». un hommage sournois au duo  Brecht – Weill.

« Rhymes » de Al Green insinue son rythme soul en nous. Une invitation à danser avec un je ne sais quoi de hargne.

« See Saw » fait revivre avec un grand plaisir l'esprit d'Aretha Franklin. La guitare de Joe Bonamassa rajoutant un esprit rock bienvenu.


«Strange Fruit» clôture l'album sur une note pessimiste. Originalement, ce poème, écrit et publié en 1937 par Abel Meeropol, est un réquisitoire artistique contre le racisme aux États-Unis et plus particulièrement contre les lynchages que subissent les Afro-Américains, qui atteignent alors un pic dans le sud des États-Unis. Billie Holiday , la chanta à partir de 1939 et son interprétation a fait date. Depuis, peu nombreux sont les artistes à s'y risquer tellement elle pèse dans l'histoire musicale américaine. Beth Hart a trouvé le ton juste, proche de celui de Nina Simone. Une gravité et la tristesse soutenues encore et toujours par la guitare de Joe Bonamassa toujours présente en écho font mouche. Heureusement que l'on arrive à la fin de l'album car on a besoin d'un peu de silence pour reprendre ses esprits après l'écoute.

Le producteur Kevin Shirley a joué un rôle important sur les albums « Don’t Explain » « Seesaw » y compris en aidat à sélectionner les chansons. Il est né en Afrique du sur et vit aux Etats Unis maintenant et a produit la plupart des enregistrements et des DVD de Joe Bonamassa, y compris les albums live à Londres, New York et Vienne.

Mais ses crédits sont beaucoup plus large, Ils vont de Led Zeppelin et Aerosmith aux Black Crowes ou John Hiatt, tandis que des groupes australiens comme Silverchair, Baby Animals et Hoodoo Gurus récolté les fruits de son séjour à Sydney. La première escale du producteur après son départ du Cap






Il doit avoir impressionné Beth Hart, aussi, comme elle l'a choisi également pour produire son album solo de 2012, « Bang Bang Boom Boom » dont est extrait le sulfureux "Baddest blues"

En espérant Beth, Joe et Kevin décident collaborer troisième fois conformément à l'adage.







Liste des chansons sur Seasaw


  1. Them There Eyes"                                           Louis Armstrong 2:31
  2. "Close to My Fire"                                           Slackwax            5:12
  3. "Nutbush City Limits"                                       Ike & Tina Turner 3:34
  4. "I Love You More Than You'll Ever Know"   Al Kooper          7:03
  5. "Can't Let Go"                                                   Lucinda Williams 4:00
  6. "Miss Lady"                                                           Buddy Miles      4:54
  7. "If I Tell You I Love You"                               Melody Gardot 3:36
  8. "Rhymes"                                                          Al Green           5:03
  9. "A Sunday Kind of Love"                                 Etta James        3:55
  10. "Seesaw"                                                           Aretha Franklin 3:25
  11. "Strange Fruit"                                                       Billie Holiday    5:45




PS, normalement avant d'écrire un billet on fait une recherche bibliographique pour savoir ce qui a été écrit sur le même sujet auparavant.... L'auteur de ces ligne a fait le contraire et vous invite à lire l'analyse de l'excellent Deblocnot': Beth HART & Joe BONAMASSA "See Saw" (2013) By BiBi

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