mardi 30 août 2016

Taylor Bingley, sur la route avec des guitares (Le Monde)



Curieux métiers de la culture 3|6 Dans l’ombre des vedettes, le « guitar tech » gère la maintenance des instruments lors des tournées




Les as de la six-cordes David Gilmour, Eric Clapton ou Pat Metheny ne peuvent se passer de lui en concert. Dans l’ombre du guitariste vedette se cache un technicien, plus communément appelé « guitar tech ». En coulisses ou plutôt derrière les amplis, ce professionnel aussi discret qu’indispensable veille à ce que le concert se déroule parfaitement. A ne pas confondre avec le machiniste itinérant ou « roadie », qui installe les équipements sono sur scène, le guitar tech (ou drum tech pour le batteur), s’occupe de la maintenance des guitares et des basses électriques et acoustiques, et par extension, des banjos, mandolines ou ukulélés.

Dans le métier, on dit qu’un bon guitar techest un guitar tech que le public ne voit pas durant le concert. Car s’il se retrouve sur scène,

cela signifie qu’il y a un problème à régler. Taylor Bingley ne connaît que trop bien ces contraintes. Ce trentenaire affable, à l’allure de rocker tatoué, est originaire de Cornwall, ville canadienne de l’Ontario, à la frontière avec les Etats-Unis. Depuis cinq ans, il travaille comme guitar tech pour le groupe de metal français Gojira, qui tourne à travers le monde. En 2015, lorsque cette formation était occupée à enregistrer son nouvel album en studio, Taylor Bingley a loué ses services au Belge Stromae et aux Américains de Mastodon.

Comme beaucoup d’autres collègues de sa profession, Taylor Bingley a appris à être polyvalent.

Après avoir obtenu son diplôme dans une école de son, il a travaillé pour un fabricant de guitares électriques indépendant, où il lui arrivait de préparer une dizaine de modèles en l’espace d’une journée. Au fil des relations entretenues avec quelques clients, le jeune homme a bifurqué de l’autre côté de la scène et tâté des différents corps de métiers, régisseur ou ingénieur du son.

Dix mois par an sur la route

Au sein du « crew » Gojira, Taylor Bingley cumule aussi la casquette de tour manager (régisseur). Les journées à travailler 15 heuresd’affilée sont fréquentes. Au côté des quatre musiciens, une équipe de six personnes s’affaire: éclairagiste, ingénieur du son, responsable du merchandising... Au cœur de cette «famille », le guitar tech ne s’occupe pas seulement d’accorder les guitares et les basses, ou de changer les jeux de cordes. Il doit gérer une lourde logistique avant, pendant et après le concert : installer les instruments, amplis et pédales d’effet et faire la « balance » (le réglage de la sono) sous des contraintes de planning très serrées. Puis, une fois le spectacle terminé, rapidement tout ranger.

Si la réparation et la maintenance d’une guitare électrique demeurent similaires à celles de l’époque des pionniers des années 1940, Leo Fender et Les Paul, une révolution s’est opérée ces quinze dernières années grâce au matériel numérique, avec des amplis adaptés pour la scène qui peuvent être directement contrôlés grâce à des logiciels. «C’est une période excitante pour être un guitariste, s’enthousiasme Taylor Bingley. Il y a tellement de nouveaux jouets à disposition qui sortent tous les jours. »

Un de ses meilleurs souvenirs en tournée? « Le concert avec Metallica au Stade de France en 2012. »

Avec Gojira, les dates se suivent mais ne se ressemblent pas. La contrepartie, ce sont évidemment les longues périodes passées loin des proches. Taylor Bingley est généralement entre huit et dix mois de l’année sur la route.

«C’est une vie qui n’est clairement pas faite pour tout le monde, concède-t-il. D’un autre côté, voyager à travers le monde avec certains de ses meilleurs amis, et se produire en concert dans les endroits les plus beaux et exotiques de la planète, c’est vraiment une expérience incroyable. Je n’échangerai mon job pour rien au monde. »

Franck Colombani, le Monde du 4 aout 2016

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