jeudi 24 décembre 2015

L’ode à la tendresse de Stacey Kent (L'Humanité)

Stacey Kent (Photo : Diane Sagnier)
Stacey Kent, un chant dépouillé de tout apparat, paré d’un raffinement sans fard. (Photo : Diane Sagnier)

La chanteuse, qui a décidé de maintenir son concert au Théâtre des Champs-Élysées, livre  le CD "Tenderly", entre jazz et bossa-nova. Une splendide fleur de métissage et de rencontre.

On songe à une sorte de correspondance musicale d’Art poétique, de Verlaine, quand on écoute Tenderly, le nouveau disque de Stacey Kent. Le versificateur de génie écrivait : « De la musique avant toute chose. » Et, dans l’art musical de la chanteuse américaine – ainsi que de son groupe –, ce que l’on entend, c’est de la poésie avant toute chose… On savoure l’humble vénusté de son chant, dépouillé de tout apparat. On en savoure le raffinement sans fard, en parfaite résonance avec l’esprit de la bossa-nova qui habite tout l’album


L’invite à un artisan historique de la bossa-nova, Roberto Menescal

La chanteuse revient à la source, au fil de douze standards de jazz ici éclairés au soleil du Brésil. Elle a convié un artisan historique de la bossa-nova, Roberto Menescal (qui ne pourra pas être du concert parisien). L’éminent compositeur et musicien a collaboré avec le boss de la bossa-nova, Carlos Jobim. En 1958, il a pris part à un spectacle au cours duquel l’expression bossa-nova a été utilisée pour la première fois. Et a collaboré avec Gilberto Gil, ­Caetano Veloso, Gal Costa… À la Jazz Singer, qui l’a contacté, il a rédigé une missive : « Chère Stacey, quand Tom Jobim me téléphonait dans les années 1960 et me demandait : “Menescal, que fais-tu en ce moment ?”, je répondais : “J’arrive chez toi.” Car je savais que c’était une invitation. Quand tu me poses la question : “Que fais-tu à la mi-juin ?”, je réponds : “Je vais enregistrer en Angleterre avec Stacey.”. »

Roberto Menescal, qui a soufflé, en octobre, 78 bougies, tisse intimement sa fertile « brésilianité » avec son amour du jazz. On retrouve avec délice, dans Tenderly, l’une de ses pièces, Agarradinhos, issue du disque de même nom, sorti en 2007. Dans Open Jazz, l’émouvante émission d’Alex Dutilh, sur France Musique, enregistrée trois jours après les attentats à Paris et Saint-Denis, Stacey Kent raconte que Menescal passe beaucoup de temps dans son jardin à cultiver des plantes hybrides. Cette ode à la tendresse, élaborée avec Stacey Kent et ses musiciens, est une splendide fleur de métissage et de rencontre

Face aux attentats de Saint-Denis, « nous avons eu le cœur brisé devant cette violence insensée »

Tenderly a été enregistré avec, en outre, le compagnon musical et mari de Stacey, Jim Tomlinson (au saxophone et à la flûte), et le contrebassiste Jeremy Brown. Ce trio sans batterie fonctionne à merveille, laissant battre son talent sans mesure autant que, tout simplement, la pulsation du cœur. Stacey Kent se produisait à Bagnols-sur Cèze, quand elle a été informée des attentats à Paris et Saint-Denis. « Nous sortions de scène, lorsque l’épouvantable nouvelle nous est parvenue. Mais ce n’est qu’une fois rentrés à l’hôtel et que nous avons pu consulter les nouvelles sur Internet, que nous avons découvert la gravité de la situation. Bien sûr, nous étions sous le choc, nous avons eu le cœur brisé devant cette violence insensée, devant pareille horreur. En particulier, attaquer une salle de concert, c’était s’en prendre délibérément à un lieu où les gens se rassemblent et partagent quelque chose en toute humanité. »

La chanteuse a décidé, avec son équipe, de maintenir la représentation au Théâtre des Champs-Élysées. « Les mots qu’a prononcés Leonard Bernstein à la suite de l’assassinat de John Kennedy ne cessent de résonner en moi : “Continuer à offrir notre musique, avec ardeur et beauté, doit être notre réponse à la violence.” Je les trouve nécessaires, plus que jamais. »


 


Fara C. Vendredi, l'Humanité du 4 Décembre, 2015















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