samedi 24 novembre 2012

Avec Shemekia Copeland, le blues a de l’avenir (JDD)

A 33 ans, l’Américaine a déjà gagné ses galons de Queen of the Blues. Elle clôt sa mini-tournée hexagonale lundi à Paris, au New Morning.

Le coup de la nouvelle étoile du blues, de l’artiste qui dépoussière le genre, on nous l’a déjà fait. Tous les 4-5 ans, émerge un jouvenceau censé être adoubé par les vieux maîtres (c’est la maison de disque qui le dit), tout en élargissant les horizons. A chaque fois ou presque, il a une guitare à la main, clame sa dévotion pour Robert Johnson mais se confond plus ou moins avec Steve Vai, autant dire qu’il se regarde jouer des solos interminables et déshumanisés. Si l’étiquette blues a quelque chose d’authentique, les contrefaçons pullulent. Rien que pour ça, se pencher sur le cas Shemekia Copeland s’avère rafraîchissant.



Avec ses 33 ans, l’Américaine a encore l’âge de débarquer dans le paysage. C’est tout le contraire. Elle a déjà cinq albums au compteur, dont l’un produit par Dr John, joué devant les troupes US en Irak, et même en début d’année à la Maison Blanche en compagnie de B.B King ou Mick Jagger (vidéo ci-dessous). Bref, Shemekia se pose là, et sa voix avec. De celles qui vous caressent l’échine pour mieux rugir. Une voix qui emmène loin et haut, vers Etta James, Ruth Brown ou encore Koko Taylor, dont elle était proche. L’an passé, on lui a même transmis sa couronne de Queen of the Blues lors du Festival de Chicago. "Cela a été à la fois un honneur et un choc. Je pensais que cette distinction ne pouvait revenir qu’à une vieille chanteuse. Et puis pour moi, la reine du blues restera toujours Koko Taylor."




Le meilleur disque blues de l’année?

Native de Harlem, Shemekia a de qui tenir. Le paternel, Johnny "Clyde" Copeland, a mené une jolie carrière de guitariste-chanteur dans le style Texas Blues, enfiévré et swinguant, avant de disparaître en 1997, juste au moment où elle reprenait le flambeau avec Turn the heat up, premier album remarqué. La donzelle a depuis forgé son style, gagnant en nuances et en singularité, sans rien perdre en force.

Sorti cet automne, son dernier opus (33 1/3) confirme l’avènement. De Lemon Pie, coup de poing façon lutte des classes, aux relectures de I’ll be your baby tonight (vous reconnaîtrez à peine l’original de Dylan) ou I sing the blues (Etta James), pas le moindre temps faible ici. En prime, la guitare de Buddy Guy sur l’intense Ain’t gonna be your tattoo. Le meilleur disque blues de l’année? On n’est pas loin de le penser.


Lemon Pie, extrait du nouvel album




Damien Burnier - Le Journal du Dimanche, vendredi 23 novembre 2012

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